lundi 18 août 2008

0282

Le temps est idéal, ni trop chaud, ni trop ensoleillé, ni trop lourd. Et alors ?
La terre semble tourner comme tous les jours, sans bruit, sans mouvement, sans questionnement, inlassablement. Son existence rassure. Et alors ?
Ailleurs serait pareil, voir pire, ici c'est bien, le climat est propice, les fleurs épanouies, les gens en masse diffuse, pas d'entrave (à quoi ?). Et alors ?
Tout va bien. Pas de nouvelles du monde, pas de rumeur nocive, quelques médailles dans l'air qui font vibrer des hommes. Et alors ?
La douleur physique est absente, en suspens, oubliée de ce fait, le corps se prétend apaisé. Et alors ?
Faute de raisons il y a des solutions, les solutions abondent, plus rapides, efficaces, opaques et convaincantes. Il y a maintes excellentes solutions. Et alors ?
Il y a là-bas, il y a ici, il y a partout entre les deux et au delà. Et alors ?
Il y a mille choses formidables, positives, belles, enrichissantes, amusantes. Et alors ? Et alors, et alors, et alors quoi ?

Ce n'est pas une question.

mercredi 13 août 2008

0281

Je suis émue par mon vis à vis qui a bien changé depuis notre premier face à face. Le voici, presque occupé, extension du Bangkok Christian Hospital (celui-là même qui ne veut pas donner à ses patients la jolie blouse verte -souvenir des échafaudages ? -). S'ensuivra une page externe des différentes étapes de la construction que je n'ai pas encore eu le temps de réaliser.
avant 2007-11-29-4.jpg
P1210103.jpg ce soir

lundi 11 août 2008

0280

Attendre.

Attendre un appel, s'attendre à ce que le monstre surgisse à tous moments, attendre des résultats, un signe, des gens, s'attendre à ce que les gens correspondent à l'idée que l'on s'en fait…

Attendre est un en-suspens qui distille deux opposés à un milliardième de seconde d'intervalle. C'est de cet infime intervalle que nait le lent épuisement rongeur qu'il sécrète. Seconde après seconde il aura mille fois tiré sur vos nerfs, sans jamais les faire grincer pour qu'aucun mouvement ne soit détectable.
Attendre est l'illusion d'une absence de mouvement qui s'étale dans le temps, fait aussi inconcevable que de ne pas exister exactement ici.

L'attente s'apparente à ces états critiques qui ne siéent pas encore à notre entendement, lien inconcevable entre deux états parfaitement définis. Au même titre qu'il existe une physique et une physique quantique sans savoir quels principes appliquer pour les relier (la dimension temps, l'ubiquité… ne sont pas encore consciemment utilisés), il existe un état de fait perçu (accomplis, accomplis, à accomplir) , et l'état d'attente, un rien qui se prolonge dans l'espace et le temps.
Si cette fraction de seconde n'existait pas, l'illusion s'évanouirait, créant un état stable d'opposés qui s'annulent. Plus de mouvement hors de portée, hors de conscience, plus d'attente.

L'on peut être ainsi tenté de ne jamais attendre, de la transformer en urgence et d'agir inconsidérément, où au contraire on peut se laisser happer par une saveur illusoire, fantasmagorique en plongeant corps et âmes dans un devenir.

L'attente modèle notre univers en façonnant les reliefs, les vastes plaines du suspends, les collines de l'équilibre, les montagnes abruptes d'une attente coupée court… l'attente sculpte en rongeant, limant, identique à l'érosion tandis que l'action sculpte en créant, rajoutant. Les deux sont indispensables, les doser est un art.

Être perpétuellement dans l'action épuise. S'arrêter, attendre est nécessaire pour prendre du recul, pour laisser poser les amas et les affiner sans faire le moindre geste entendu : l'infime-mouvement, l'illusion d'une non action, la lime des opposés.

Reste la question de savoir comment gérer l'attente vorace, celle qui monopolise l'attention, le souffle, la centre sur elle et son aberration.
J'en sais rien. Le seul leurre que j'ai trouvé est de se faire une raison. De l'impermanence idéalement. Du pire généralement.
Cette dernière solution est loin d'être la bonne, sans cesse en équilibre entre l'illusion et la réalité. Choisir une réalité future et l'endosser au présent fait illusion, mais n'est pas encore à sa taille. Trop grande, elle glisse, trop petite elle nous étouffe. Voici donc un des mauvais moyens d'occuper l'attente : essayer d'ajuster au présent une idée du futur.
A lire cette solution, on en perçoit une plus sensée, celle de ne rien faire, de ne pas combler le vide qui rend la situation indécise, ne pas caler la table mais essayer de sentir le rythme que procure le balancement et l'adopter. Ainsi l'on entre dans l'espace attente, l'objet de l'attente cesse de vaciller (puisque nous vacillons au même rythme), et apparait la situation statique et son danger de faux infini. Oscillant avec l'idée de son attente, sa concrétisation peut alors ne plus avoir d'intérêt, ne jamais rivaliser avec l'état de l'idée, son illusion.
On attendrait certainement mieux si l'on n'imaginait pas posséder les événements où qu'ils nous étaient dûs.

Nous baignons plus où moins dans l'attente, mais savoir entrer en attente et en sortir m'apparait un art bien difficile. Faire, laisser faire, faire, laisser faire, de plus en plus fréquemment, vite, les notions se mélangent, créent un état non trouvé, ce moteur qui nous manque, qui manque à nos deux physiques, cet innommé qui peut-être une fois découvert changera notre perception entière du monde.
En attendant…

dimanche 10 août 2008

0279

P1200980.jpg
P1210022.jpg
P1210023.jpg

même

0279

Je fumerais bien deux paquets de silk cut pour commencer.

samedi 9 août 2008

0278

P1200885.jpg...

vendredi 8 août 2008

0277

Blanche parmi les plus blanches, je suis physiquement un standard européen qui gravitait dans un domaine culturel de pointe, côtoyant sans différences blancs et noirs, voire même quelques rares personnes intéressantes. Certains de mes amis noirs m'ont parlé de la difficulté d'adaptation de leurs enfants à un monde de blancs. J'entendais leurs histoires mais avais du mal à cerner le problème ne réalisant pas que je vivais dans un monde si blanc. Je pensais que la différence s'appliquait à toutes les différences et avais donc classé ces difficultés dans la généralité Adaptation.
Je viens de créer une nouvelle sous-rubrique de l'adaptation : le type, case qui découle de mon enrichissante expérience en Asie.
Plus que ma blancheur, hauteur et féminité (habitués à me suivre partout), mon premier étonnement concerna l'autre et l'absence quasi totale de noirs en Chine.
Plus tard j'en croisais quelques uns en Asie, mais leur absence m'était devenue plus familière, tout comme ma présence en ces pays : j'appris à défaire les ourlets de mes jupes, me baisser en pliant les genoux, oublier la possibilité de se fondre dans la masse et ne pas prêter attention aux signes de curiosité fréquents. Me revient tout de même en mémoire l'insistance avec laquelle les Tibétains me regardaient, mettaient leurs enfants devant moi pour prendre une photo, allant jusqu'à me toucher pour me vérifier. Mais le type extra-terrestre m'a toujours plus où moins poursuivie, un peu plus où un peu moins n'allait pas changer quoi que ce soit, encore moins créer une case spéciale d'adaptation.

C'est sans doute la prolongation et ma décision de m'installer ici qui mit l'accent sur mon type dans ce nouvel environnement. Tant qu'il est question de voyage, l'identité, ses codes, habitudes et références restent attachés à ses racines. S'il est question de recherches, elle se déplace avec soi mais conserve son dernier lieu de résidence comme référence. La décision d'une immigration en revanche, transfert le référent (une partie, celle qu'on a sous le nez) sur place.
Ici leur ressemblance est évidente et personne ne me ressemble.
Le regard porté sur moi n'entre aucunement en ligne de compte; il s'agit du mien, de ma place et de mes repères. La ressemblance, l'identification est impossible au niveau physique et culturel. Je ne leur ressemble pas, je ne les comprends pas et l'inverse fonctionne tout aussi bien.
Je me suis habituée à cet environnement, ses contours, couleurs et attitudes suite à quelques efforts mais l'assimilation, habituelle à Paris, n'a pas lieu ici ; Je ne m'en étais pas aperçue. Plus que le fait d'être différente, c'est celui de capter la ressemblance qui m'a surprise, distinguer en un quart de seconde le Farang (non- asiatique) dans la foule, penchant de l'esprit à reconnaitre ce qui lui est familier.

Toujours est-il que de cette distance physique (au sens esthétique, scientifique et topographique) est une aubaine. Ne plus s'encombrer l'esprit de celui de ses semblables et ne pas s'encombrer l'esprit de celui de ses dissemblables permet d'ouvrir son esprit à l'inconnu sans cesse renouvelé. Jamais visuellement je ne ressemblerai à une thaïlandaise et cette barrière physique m'empêchera d'avoir l'impression d'une proximité innée. Symétriquement, lors de mon passage à Paris en Mai dernier, j'ai réalisé que les repères que j'y avais laissés y étaient toujours, mais que les miens n'y correspondaient plus. La proximité n'existe pas plus avec une Farang de mon type, mais se reconnaître en autrui peut prêter à confusion et donner l'illusion de quelque chose d'universel. Or l'universel ne se véhicule pas entre deux types similaires formant une majorité, (bien que cette dernière tente de l'imposer foncièrement persuadée de sa véracité), l'universel se construit tous les jours, partout.

La masse se floute, plus calme, englobant la lointaine Europe et présente Asie de laquelle sortent tour à tour des individus intéressants tout aussi différents de moi que vous et moi. C'est une chose que d'accepter la différence dans un univers qui nous ressemble, c'en est une autre, tout aussi passionnante, que de la vivre.

0276

P1200720.jpg
P1200721.jpg
P1200725.jpg
P1200726.jpg
P1200729.jpg
P1200731.jpg

jeudi 7 août 2008

0275

Je viens de relire mes derniers posts, le mysticisme me guette. Entracte :
Indiana Jones a un fils. L'analyse s'arrêtera là, j'ai oublié le reste du film.
Ce détail planifié fait mouche, et pour mieux nous faire gober la jeunesse sans âge, ils ont commencé par une antiquité, ledit Indie. Maintenant que tout le monde est au courant que les plus grands virent générationnels, place au héros de la Mummy (qui n'a pas la chance de porter de prénom dans mon esprit) de se flanquer d'un fils d'environs 10 ans son cadet (mais quel esprit malin verrait à y redire, ils ont tous entre -3000 et 45 ans)
Hollywood non content d'enfanter, s'attaque au pince sans rire.
Malheureusement pour nous, les américains ne sont pas anglais : Indiana+Jones+la Mummy+la deuxième+tous les temples maudits+la troisième (enfin le chinois)+ les croisades et les autres n'= pas les Monty Pythons.
Je subodore que les scénaristes ont des textes à trous, une liste de situations et quelques expressions qu'ils piochent dans la colonne de gauche. S'ensuit une relecture informatisée qui décidera si l'effet est comique où si le scénariste s'est trompé.
La Chine étant aussi d'actualité hollywoodienne (voire plus), nous avons droit à une Mummy Chinoise que je suis allée voir il y a quelques heures. Pendant une heure et demi, le père, la mère, le fils, la mère et la fille se battent contre un, deux, mille, vivants, morts, survivants, en sous sol, en sarcophage, en robe fourreau, le tout ponctué d'un humour à la pointe de l'épée pour notre plus sincère désolation et fatigue. Restent de sublimes décors, un univers magique (dommage qu'il ne s'y passe rien), des chevaux incandescents aux jointures brûlantes, une armée de terre cuite en état de marche, de superbes costumes pour nous sortir des Yeti gris blanc capables de parer la seule attaque non baston du film : une avalanche.
Voilà pour la chronique non mystique (noter que je ne suis pas allée voir le procès de Pol Pot non plus)

Part II.

Je demande à une vendeuse de ce Grand Magasin si sa marque de maquillage propose des vernis à ongles. Je lui demande plus pour lui faire plaisir qu'autre chose étant tout à fait capable de contourner son stand afin de m'en rendre compte. Ce que je fais. Non. Du moins me semblait-il avant qu'elle ne me dise, d'une assurance irradiant la solution, d'attendre un instant. J'observe la poupée se diriger vers un micro placard et l'ouvrir en la suivant par curiosité. Le placard ne contient que ses effets personnels. Elle mime de farfouiller à l'intérieur, referme la porte et s'approche de moi sincèrement désolée, pour m'apprendre grimée de satisfaction professionnelle, que non, don't have.
Obtenir quelque chose qu'ils ont sous le nez prend déjà des heures, si en plus ils se mettent (plient plutôt) en quatre pour faire semblant de chercher ce qu'ils n'ont pas, je vais fissa retourner à la rubrique mystique (et prendre un fils).

mercredi 6 août 2008

un

Une année de trois cent soixante six jours plus tard je suis devant quelquepart. P1200811.jpg

- page 1 de 28