Pour aller à Dublin, il faut prendre l'avion, et l'habitude aidant, je finis par en avoir une peur bleue. Réduire les trajets, voire les suspendre une fois pour toute est ma nouvelle lubie. Ce jour là les nuages étaient splendides et le voyage, bien que turbulent, d'une sécurité manifeste.


Il ne pleut pas encore lorsque nous atterrissons, l'aéroport se démarque de Roissy le Terrible par sa petitesse et sa simplicité. Munie d'une carte je pars à la découverte de la ville qui se met à pleuvoir tout son saoul par trop nombreuses intermittences. Pour clore la journée, je me condamne à aller boire une Guiness dans un pub recommandé. C'était hier, il pleuvait, le barman très désagréable était…chinois.







Ce matin des trombes d'eau s'abattent sur la ville, le nez pris, épuisée je décide de rester couver dans ma chambre et lire, jusqu'à ce que la liberté de ne rien faire me pousse à mettre le nez dehors en quête d'un parapluie. La surprise est de taille, la pluie s'est arrêtée et par intermittence, la ville scintille. Je déambule ainsi des heures durant, laissant mon guide dans mon sac, attirée telle une pie par les reflets brillants du soleil sur l'ardoise, la pierre, les cathédrales, les ruelles, le rouge, la reconstitution de l'atelier de Bacon, les marchés, les parapluies et le fleuve.












Le centre de Dublin n'est pas très étendu, je finis par retrouver un quartier foulé la veille et me fais aborder par un mystérieux personnage aux cheveux roux, hirsute, veste en passe de s'élimer, j'ai nommé Owen. Owen me baratine, nous buvons un café, j'apprends ainsi qu'il vient du nord de l'Ireland, vit à London depuis 20 ans et est actuellement à Dublin pour deux raisons : assister aux Previews d'une pièce dont il a co-écrit l'adaptation, et se présenter ce soir même sur la scène d'un théâtre comique. La pièce en question est tirée d'une nouvelle de Stephen King, et se joue en matinée au Gaiety Theatre. C'est ainsi qu'en l'espace d'un café, mon séjour en Ireland est booké, à commencer par The Shawshank Redemption à 15h.
Je me débrouille correctement en anglais sans pour autant être bilingue, aussi une pièce de théâtre qui diffère énormément d'un film par l'absence d'images explicites, fut un enchantement. Apeurée de ne pas comprendre toutes les répliques, j'ai fini par laisser tomber la traduction simultanée et me suis instantanément retrouvée dans la peau d'un enfant, émerveillé par ce qu'il comprend et perçois sans être terrifié à l'idée que ce ne soit pas conforme à la réalité.


En écoutant les dialogues, m'est apparue la chose suivante : les mots en anglais sont libres de toute corruption vécue. Apprendre une langue étrangère (je ne parle pas du thaï ou autres langues dont la structure diffère totalement de la notre), permet de retrouver le sens premier des mots, vierges des utilisations frauduleuses, manipulatrices, vierges de tout passif affectif et environnemental. Une langue, pratiquée pendant des années, parasitée par les multiples degrès d'interprétation finit par perdre l'auditeur, le lecteur, méfiant quant au sens caché. Cet effet se note parfois dans les e-mails, qui, écris sans ton, peuvent être sujets à contresens.
Cette utilisation frauduleuse du langage n'est pas universelle, mais à force de confrontation, la méfiance émousse les divers degrés de compréhension, qui d'employer un terme pour son antonyme, une fois par ci, une fois par là, s'y retrouve qui suit. La non communication à l'état brut, la perte de sens, l'isolement, le grand n'importe quoi.
Le comportement n'est pas épargné par l'usage d'une langue étrangère. Moins prompt, on s'abstient, et la situation prend une autre tournure… Tout ça est passionnant, mais je vais m'arrêter là pour ce soir. Je finirai par ces quelques mots :
J'ai remercié Owen sans accepter de café chez lui et me suis abstenue du coup d'aller voir son comique de situation, préférant me rendre au Pub Oval, déguster un Irish Stew (sorte de pot au feu succulent après une journée de marche effrénée), servi par un asiatique fort aimable.